En automne, il y a souvent ce moment où l’on se met à remarquer les cheveux dans la brosse, dans la douche, sur l’oreiller. On se demande si c’est le stress, l’eau de mer, les colorations de l’été. Et on commence à y penser tous les matins.
Cette chute existe bien, elle est documentée, et elle a une explication qui surprend souvent : ce qui se passe en automne est la continuité de ce qu’il s’est passé durant l’été.
Vos cheveux ne poussent pas en continu
Une chevelure compte en moyenne 100 000 à 150 000 cheveux, chacun produit par un follicule pileux. Perdre 50 à 100 cheveux par jour est normal : c’est le fonctionnement de base, pas un signal d’alarme.
Chaque cheveu suit un cycle en trois temps, et les follicules ne sont pas synchronisés entre eux. Votre tête contient des cheveux à des stades différents.
Les 3 phases du cycle capillaire
La phase anagène, la croissance. Elle dure deux à cinq ans chez l’homme, trois à sept ans chez la femme, au rythme d’environ un centimètre par mois. C’est de loin la phase la plus longue : à un moment donné, environ 85 à 90 % de vos cheveux s’y trouvent.
La phase catagène, une transition brève d’une à deux semaines. Le follicule cesse de produire, le cheveu se détache de sa source de nutriments.
La phase télogène, le repos. Le cheveu, désormais inerte, reste accroché au cuir chevelu environ trois mois avant de tomber. Dès qu’il se détache, le follicule repart en croissance.
Retenez ce chiffre : trois mois. C’est lui qui explique tout le reste.
Pourquoi la chute de cheveux apparaît-elle massivement en automne ?
Une étude suisse publiée en 2009 par une équipe de dermatologie du CHU de Zurich a suivi 823 femmes sur six ans, en analysant au microscope la répartition de leurs cheveux entre les différentes phases du cycle. Résultat : la proportion de cheveux en phase de repos atteint son maximum en été, avec un second pic moins marqué au printemps, et un minimum en fin d’hiver.
Autrement dit, c’est en juillet que le plus grand nombre de follicules basculent en phase de repos. Et comme cette phase dure environ trois mois, ces cheveux-là tombent en septembre et en octobre.
Le décalage explique pourquoi la chute semble sortir de nulle part : au moment où vous la constatez, le mécanisme est terminé depuis longtemps. Ce que vous voyez dans la brosse est le résultat d’une décision biologique prise en plein été.
Pourquoi l’été ? L’hypothèse la plus souvent avancée par les chercheurs est celle d’un reste de mue : chez la plupart des mammifères, le pelage se densifie à l’approche de l’hiver et s’allège avant l’été, et nous aurions conservé une trace de ce rythme saisonnier. Garder un maximum de cheveux pendant les mois les plus ensoleillés protégerait le cuir chevelu des UV. C’est cohérent, mais ce n’est pas démontré. Le mécanisme précis — hormonal, lié à la lumière, à la température — reste discuté.
Le soleil, le chlore, le sel et la chaleur, eux, ne provoquent pas cette chute. Ils abîment la fibre déjà sortie : cheveux plus secs, plus cassants, plus ternes. Cela donne une impression de chevelure moins dense, mais c’est un problème de qualité du cheveu, pas de racine.
Comment savoir si c’est « seulement » saisonnier
Quelques repères simples.
La chute saisonnière est diffuse : elle concerne l’ensemble du cuir chevelu, pas une zone en particulier. Elle ne crée pas de golfes, pas de plaque nette sur le sommet du crâne.
Elle est brève : six à huit semaines environ, puis tout rentre dans l’ordre. Les follicules repartent immédiatement en croissance, c’est pour cela que l’on observe ensuite des petits cheveux courts qui se dressent sur le dessus de la tête, signe rassurant de repousse.
Elle ne s’accompagne de rien d’autre : pas de démangeaison, pas de rougeur, pas de squames, pas de douleur du cuir chevelu.
Si l’un de ces trois points ne colle pas, il ne s’agit probablement pas d’un phénomène saisonnier et c’est là qu’un avis médical est utile.
Ce qui peut vraiment faire chuter les cheveux
Le cheveu est un tissu à renouvellement très rapide. C’est ce qui le rend sensible : quand l’organisme doit arbitrer, il n’est pas prioritaire. Une chute diffuse est donc souvent un signal, et rarement un problème capillaire isolé.
Une carence, le fer en tête.
Chez la femme, des réserves en fer basses sont l’une des causes les plus fréquentes de chute diffuse, notamment en cas de règles abondantes, de grossesse récente ou d’alimentation pauvre en protéines animales. Point important : cela se vérifie par une prise de sang (ferritine), pas au ressenti. Se supplémenter en fer sans dosage préalable n’est ni utile ni anodin.
La thyroïde.
Hypo comme hyperthyroïdie s’accompagnent généralement d’une chute diffuse, souvent avec d’autres signes : frilosité, prise ou perte de poids, fatigue, transit modifié.
Un événement, avec trois mois de retard.
Accouchement, intervention chirurgicale, forte fièvre, régime restrictif, choc émotionnel, arrêt ou changement de contraception : ces événements font basculer d’un coup un grand nombre de follicules en phase de repos. On appelle cela un effluvium télogène. La chute survient deux à quatre mois après l’événement, d’où la difficulté à faire le lien, et la repousse est ensuite complète.
Le stress chronique et le manque de sommeil.
Ils perturbent l’équilibre hormonal et peuvent participer à une chute diffuse. Attention toutefois au raccourci : « c’est le stress » est l’explication la plus fréquente, et celle qui fait passer à côté d’une carence ou d’un trouble thyroïdien.
Une alimentation trop restrictive.
Le cheveu est constitué de kératine, une protéine. Un apport protéique insuffisant, un régime drastique ou une perte de poids rapide se voient sur la chevelure quelques mois plus tard.
Et, distincte de tout cela, l’alopécie androgénétique.
Chez l’homme comme chez la femme, elle est génétique et hormonale, progressive, et surtout localisée : golfes et sommet du crâne chez l’homme, élargissement de la raie chez la femme. Elle n’a rien de saisonnier et relève d’une prise en charge spécifique, d’autant plus efficace qu’elle est précoce.
Et côté nutrition, peut-on diminuer cette chute de cheveux d’automne ?
Le follicule pileux est l’une des structures les plus actives de l’organisme : il fabrique de la kératine en continu, et cette fabrication a un coût en protéines, en minéraux et en vitamines. C’est pour cela que l’état de la chevelure reflète assez fidèlement celui de l’alimentation.
Trois nutriments disposent en Europe d’une allégation officiellement reconnue pour les cheveux : le zinc, le sélénium et la biotine (vitamine B8) contribuent au maintien de cheveux normaux. Le cuivre, lui, contribue à une pigmentation normale des cheveux. Chacun intervient à un endroit précis de la fabrication du cheveu : la biotine dans le métabolisme des acides aminés qui composent la kératine, le zinc dans la synthèse des protéines et la division cellulaire au sein du follicule, le sélénium dans la protection des cellules contre le stress oxydatif.
L’alimentation apporte normalement ces nutriments : les fruits de mer et les viandes pour le zinc, les œufs, les abats et les légumineuses pour la biotine, les noix du Brésil et les poissons pour le sélénium. Une complémentation prend surtout son sens quand les apports ne suivent pas ; alimentation peu variée ou restrictive, régime végétarien mal équilibré, période de fatigue ou de besoins accrus. La sortie de l’été, où s’additionnent une fibre capillaire agressée et un rythme de vie décalé, fait partie de ces moments où un soutien nutritionnel se défend.
Deux conseils pratiques pour que les compléments alimentaires soient utiles :
Raisonnez en mois, pas en jours. Le cycle du cheveu se compte en semaines de croissance : une cure de deux à trois mois correspond à l’échelle de temps réelle du renouvellement capillaire, et c’est celle à laquelle on peut espérer observer quelque chose.
Ne superposez pas les formules. Un seul complément bien choisi vaut mieux que trois cumulés : certains minéraux, le sélénium en particulier, ont une marge de sécurité étroite.
Un réflexe utile, enfin : si vous devez faire une prise de sang, signalez la prise de biotine à votre médecin ou au laboratoire. À forte dose, elle peut interférer avec certains dosages, notamment thyroïdiens, ceux-là mêmes que l’on prescrit pour explorer une chute de cheveux.
Un complément accompagne : il vient en appui d’une alimentation suffisante en protéines, et il ne dispense pas de rechercher une cause lorsque la chute sort du cadre saisonnier décrit plus haut. Dans le doute, votre pharmacien est bien placé pour vous orienter.
Quand consulter
Prenez un avis médical ou pharmaceutique si :
- la chute dépasse trois mois ;
- elle est localisée : plaques nettes, élargissement de la raie, golfes qui se creusent ;
- le cuir chevelu est irrité, rouge, douloureux ou squameux ;
- d’autres signes s’y associent : fatigue inhabituelle, frilosité, variation de poids, règles abondantes ;
- ou, simplement, si elle vous inquiète et que vous vous surprenez à y penser chaque matin. Ce motif-là est parfaitement recevable.
Le bilan de première intention est simple et rapide ( numération, ferritine, bilan thyroïdien) et il permet le plus souvent soit d’identifier une cause corrigeable, soit d’écarter ce qui inquiète.
Dans l’immense majorité des cas, la chute de cheveux d’automne n’annonce rien. Elle raconte simplement ce que votre cuir chevelu faisait au mois de juillet.
Sources
- Kunz M, Seifert B, Trüeb RM. Seasonality of hair shedding in healthy women complaining of hair loss. Dermatology. 2009;219(2):105-10.
- Règlement (UE) n° 432/2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires.
- Patel DP, Swink SM, Castelo-Soccio L. A Review of the Use of Biotin for Hair Loss. Skin Appendage Disord. 2017;3(3):166-169.
- Courtois M, Loussouarn G, Hourseau S, Grollier JF. Periodicity in the growth and shedding of hair. Br J Dermatol. 1996 Jan;134(1):47-54. PMID: 8745886.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical individualisé.




